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Une idée simple : pour enseigner l’informatique, il faut des informaticiens

L’informatique en tant que langage scientifique fait partie du socle indispensable des connaissances, comme l’a souligné le Conseil Supérieur des Programmes dans un récent rapport. Et cette avancée a été saluée par divers acteurs de la vie informatique. Dans la même ligne, un groupe de députés, emmenés par Mme. Laure de la Raudière, a déposé récemment un projet de loi « visant à rendre obligatoire l’enseignement du codage informatique à l’école ». L’enseignement de l’informatique dès le collège commence donc à faire consensus. On ne peut que s’en féliciter.
Des professeurs d’informatique bénévoles ?
Mais qui enseignera cette nouvelle discipline ? La spécialité Informatique et Sciences du Numérique (ISN), proposée au lycée, a jusqu’ici fait appel aux bonnes volontés, professeurs généralement de mathématique, de physique ou de Sciences de l’Ingénieur, chaque rectorat faisant au mieux avec les moyens dont il dispose.
Ainsi, des solutions palliatives sont imaginées : l’enseignement de l’informatique serait confié tantôt à des documentalistes, tantôt à des professeurs de technologie, voire à tout autre enseignant. Une alternative sérieusement envisagée consiste à faire reposer cet immense effort sur le bénévolat.
On ne peut que se féliciter de la volonté de trouver une solution, et être reconnaissant aux volontaires et aux bénévoles qui pallient nos retards avec les moyens du bord. Mais à terme, ce n’est pas une solution. Les bonnes volontés vont s’épuiser, et le niveau risque d’être trop variable : l’équité territoriale ne pourra pas être assurée. Trop d’enseignants en savent à peine plus que leurs élèves, ce qui risque de générer l’ennui, voire le rejet. Un jeune qui s’est autoformé sur internet ou auprès des copains en sait parfois plus sur certains points que le professeur non informaticien recyclé à la va-vite.
De la nécessité de former les enseignants
Rappelons cette évidence, qui vaut pour l’informatique comme pour les mathématiques ou pour l’histoire : l’enseignant doit en savoir plus que ses élèves. On ne peut se contenter de former les enseignants à connaître les progressions et les séquences qu’ils devront suivre suivant un programme scolaire prédéfini. Pour répondre aux questions imprévues, comprendre non seulement ce qui marche mais aussi ce qui ne marche pas, évaluer correctement les élèves et évoluer avec les technologies, la formation disciplinaire des enseignants a toujours été et reste nécessaire.
Que dirait-on du professeur d’histoire qui, enseignant la Première Guerre Mondiale, ne saurait pas répondre à une question sur la Deuxième ? De l’enseignant de français, qui parlerait de la notion de métaphore, sans citer de grands exemples dans la littérature ? Du professeur de biologie, qui décrirait la division cellulaire sans en savoir plus que le programme ?
C’est bien entendu la même chose pour l’informatique. Le professeur qui enseignera le code le fera d’autant mieux qu’il connaîtra plusieurs langages de programmation et plusieurs paradigmes, et qu’il saura ainsi faire la différence entre la syntaxe d’un langage particulier et des concepts universels. Celui ou celle qui enseigne l’algorithme de la multiplication l’expliquera d’autant mieux qu’il connaitra quelques principes de l’architecture des ordinateurs.
Requérir au minimum le niveau de la licence d’informatique
Alors qu’en mathématiques, montrer deux preuves d’un théorème est intéressant mais ne constitue pas (usuellement) une fin en soi, en informatique, comparer des algorithmes est une nécessité. En effet, en informatique (et c’est essentiel) il existe toujours plusieurs solutions, qu’il est important de savoir analyser et comparer. Pour ne donner qu’un exemple, l’algorithme de tri appelé « tri bulle » est le plus fréquent. Or tout informaticien sait bien qu’il en existe beaucoup d’autres, plus efficaces et plus élégants.
La comparaison d’algorithmes fait appel à des arguments non triviaux, qui s’enseignent : complexité algorithmique, modélisation, ou preuve de programme entre autres. Ces concepts permettent de comprendre et de comparer dans quelles conditions un algorithme est préférable à un autre.
Bien entendu, il ne s’agit pas d’enseigner ces notions avancées au collège, mais l’enseignant qui n’aura pas été formé correctement sera bien incapable de dire pourquoi il enseigne un second algorithme pour résoudre un problème dont on vient pourtant de trouver la solution ! Le risque est grand qu’il ne retienne que la solution du manuel, ou que, ne sachant pas justifier devant les élèves en quoi une solution est meilleure qu’une autre, il soit alors mis en difficulté.
Pour enseigner l’informatique, il faut au moins le niveau de la licence d’informatique, à compléter par une voie spécifique dans les ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation). Tel est le cas dans toutes les disciplines.
L’enseignement de l’informatique est inéluctable en collège et au lycée. Assez de bricolage : faisons-le, et faisons-le bien

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